au commencement…
Déchirement
Au commencement il y eut
la déchirure
La matrice avariée régurgitant ses chairs putréfiées
Un non-enfantement accouchant en silence d’une vague tristesse…
un rien perdue
un peu inquiète
sans point d’ancrage
elle va
Je
infiniment lointaine et détachée, naïvement coupable de ne pas sentir le goût du sang dans ma gorge
laisse aller…
Pauvre sotte en danger dans la tourmente méconnue d’un océan ombrageux
De ce temps qui fut
je ne sais rien
Ni le temps fantôme prenant ses aises prêt à dévorer des plages de vie
ni l’inquiétude dans les yeux qui me regardent
Non…
je n’ai rien retenu sinon la toute petite main dans la mienne qui m’aidait à marcher
L’irréalité sauvera toujours la conscience de la folie
Je signe aux abonnés absents
sans comprendre qu’un voile opaque s’immisce entre le monde et moi…
Il me semble bien pourtant qu’il a perdu quelque peu de ses couleurs
Mais il y a
la frénésie des vies qui l’habitent
Elles bougent tournoient s’agitent
hurlent leur éclat de vivre…
et percutent la ouate qui m’entoure
Bousculent
la lenteur de mon geste
pas mesuré
sourire figé
regard absent, tourné quelque part vers l’intérieur
J’en suis sûre maintenant
vos yeux me regardent de plus près
Alors alors
violemment secouée la conscience se réveille effarée, explore le ravage dans la fêlure de mon âme
se souvient
de moi et moi
Moi
je vacille sous l’angoisse qui m’éclate le cœur
Le monde vit
sans moi
Le moi qui déborde
lacère le voile sentinelle
explose
l’esprit anesthésié
Et la planète en effervescence me frappe de sa clarté
Il y a moi et partout
vos yeux qui pronostiquent
Je frime un absurde combat, prélude insensé d’une lutte immuable s’appliquant à suffoquer le reste de ma vie
Je ne peux que maudire la trahison de mon corps qui joue les naufragés
paumé
dans les spasmes nauséeux de ses entrailles torturées
douloureux
meurtri
Comment ne pas condamner l’inconséquence de ma dérive en temps perdu
saboté
qui anéantit l’espoir de ma révolte
Puisqu’il est venu le temps
de la révolte…
Négligeable face au désarroi de l’esprit confus ma pâle rébellion se débat dans des lambeaux de lucidité
Des lambeaux des lambeaux des lambeaux de
moi
qui maudis
vitupère
Vaine et stupide colère que se battre contre un ennemi invisible…
pour l’amour d’un enfant épargné
Il y eut l’abandon
La tentation
l’offrande de mes veines à votre poison qui les brûle
Vos molécules…
ironique déraison je sombre dans les limbes d’un monde différemment truqué qui m’emprisonne à jamais dans l’ambiguïté de sa geôle
Le temps s’épaissit et ralentit
porte le corps sacrifié au seuil de la déchéance
Dans les longs couloirs de tous ces jours sans nuits je lévite soulagée
dupée
au-dessus de l’abîme
noir
Oh, si noir…
Sourde aux ricanements dans le vide
je sais les yeux rouges des démons familiers qui rôdent dans mon obscurité
Prisonnière volontairement crédule
reconnaissante
j’abdique de ma chair pour des lambeaux de
paix
Tout m’indiffère et mutile des bribes de
moi
Qu’on me laisse aller…
Je prends toutes les pilules au corps les gouttes aux veines
le discours distant de vos voix dans ma nuit
Car il est venu le temps
de l’indifférence
Prenez
déguisez ma tristesse, mon angoisse
je ne veux que reposer au creux du silence rédempteur
Libérée de la responsabilité de vivre
c’est moi
qui laisse sombrer des pages de vie
Insensible passive
prise au filet du temps fantôme, je savoure l’hypnotique descente vers un néant sans émotions
Je
en haillons d’égocentrique imbécillité
subis la rémission insidieuse, à geindre ma honte
ma couardise
la léthargie…
qui dévoile mes bras couleurs fanées de souffrances au regard ferme et réprobateur de la chair de ma chair
Permettez que j’en meure
dans d’atroces douleurs
Que vienne l’heure du départ
Je
pars
Par-delà vos mots qui ne me touchent pas
je devine dans le flou de ma pensée la question de vos yeux qui n’osent plus me regarder
A quoi bon questionner l’indicible
Je
poème
Je délire
L’esprit en apesanteur, le corps en danger
qu’auriez-vous fait ?
Je
égoïstement mienne
garde pour moi le mal que vous ne sauriez concevoir
Je ne vous parlerai pas
Tant que mon encre souillera une feuille anonyme je saurai bien arrimer l’ancre qui me sauve…
le sourire d’un enfant
Que la griffe de ma plume sur le papier apaise ce que le verbe n’ose dire
Laissez-donc que je prenne le temps de mon non-vivre
le temps de mon rythme décalé
le rythme de mon sang
Mon sang
qui charrie vos poisons habiles
Ils infectent en secret mon foie et mes reins et mon cerveau pour des lambeaux de
lucidité
Mon cerveau, récepteurs cassés
déréglés
et quelque part dans ses méandres subtils un hippocampe recroquevillé sur les mémoires bridées
Quelque part…
Il y a moi
un semblant de vie
une vie de faux-semblants à mendier quelques bouées de survie empoisonnées
Un semblant de vie
Un moment de quiétude de douceur
pour le rire d’un enfant
Je délire
qu’auriez-vous fait ?
J’ai cru en la résilience
ri au nez du désespoir
piétiné la fatigue assassine
Puis j’ai fait comme tout le monde
Je suis tombée dans le noir…
oh, si noir
J’ai peur du noir, si vous saviez
Il touche mon esprit, emplit mes yeux et ma bouche d’images mouvantes et moribondes
de voix grinçantes qui vrillent ma tête
Sors de ma tête…
Sors sors
Tu dévastes ma vie
Oh, les larmes sont venues
Des rivières des colliers des mers de pleurs convulsifs
irrépressibles
Seule dans la pénombre j’ai sangloté ma peur
et c’est pas vrai…
ça ne m’a pas aidée
Le noir m’a dévorée pour toujours et j’ai laissé que la terreur s’empare du regard de mon enfant
Permettez donc
que j’en meure à chaque heure
dans d’atroces douleurs
Je suis née de ces ténèbres
J’ai laissé qu’elles m’emportent et me suis réveillée sur une autre rive
Je suis née de cette vomissure de souffrances intimes, dans l’urgence…
l’humiliation
la terreur
et encore la demande de vos voix, l’incompréhension de vos yeux
Je ne parlerai pas de la tourmente inconcevable
je ne dirai pas la peur du temps qui mâche mon lobe temporal…
l’urgence de voir s’épanouir le bonheur de mon enfant
Je tremble je suffoque
Cessez de crier de m’étourdir
Je ramasse mes piètres loques de souvenirs défendus et je vais mon chemin chaotique
D’où viennent ces mains, hier encore j’étais aveugle
Je ne veux rien
Que dire d’une conscience qui s’éteint l’espace d’un mot, de ce moment d’incohérence infinie
Loin de votre sapience votre bienveillante ignorance
je tituberai toujours au bord du gouffre
jamais il ne s’éloigne et jamais je ne repose…
l’ombre m’attend en périphérie
Pour un peu de lumière
pour la tendresse des bras de mon enfant autour de mon cou
l’odeur de ses cheveux…
donnez vos pilules qui vendent l’espoir
mais ne tuent pas le noir
Vous dites patience
Je dis
que le papier s’abreuve de mon impatience
qu’il absorbe ma peau
le parler brusque de mes gestes
la déroute de ma pensée…
que je ne parlerai
Je me répète, et alors
Je viens du noir, figurez-vous
Je clame la légitimité de mes peurs obsessionnelles et de l'anarchie en mon esprit confus
Vous dites…
je sais
Mais moi
j’ai peur de me défaire
de me reconstruire
ne pas me reconnaître
ne pas me vouloir
Qui voudrait une autre que soi
J’écris
quoi
peu importe
J’ai la fièvre au front
le pouls qui s’emporte
ma routine ne se reconnaît pas
Je dors pour oublier
j’écris pour me souvenir
Le noir mange, le savez-vous ?
des pages et des pages de vie perdues
quelque part…
entre parenthèses dans la corne d’Ammon
Mon amour ne m’écoute pas
Parle parle-moi pour dissiper les ombres
Prends mes mains
pour qu’elles ne tremblent pas
Parle-moi que je puisse guérir de celle qui fut et ne reviendra pas
Et quand sera revenu le temps
le temps du noir
ne laisse pas qu’ils m’emmènent
Je ne veux que le repos pour mon corps épuisé
mon âme ébranlée
Il ne faut pas que tu sois là
Il ne reste rien de vrai de la femme que j’ai été
il n’y a que le spectre chétif et coupable d’une mère qui fait semblant…
pour mieux chérir son enfant
*** l'ennemi invisible, expression empruntée dans Les nuits de l'âme, de David Gourion et Henri Lôo… je ne crois pas que ça les gênerait
Un Blog, des Blogs - Vous pouvez, vous aussi créer un blog !
29 août 2009 à 7:29
Bonjour
Votre blog est très interessant si vous le voulez bien je peux le référencer dans LaMined’Or…
laissez-moi un petit commentaire avec l’adresse de votre blog, de quoi il parle et dites-moi quelle image vous voulez, pour le représenter.
Ah ! j’allais oublier, c’est gratuit !!!
Cordialement
Olivier
http://laminedor.blog.mongenie.com
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Bonjour Olivier,
Je vais y réfléchir, je ne tiens pas particulièrement à “trop” référencer ce blog, son but est autre.
Merci néanmoins de votre aimable offre et votre appréciation.
Cordialement,
M.
31 août 2009 à 14:09
Je l’avais déjà dit, mais comment ne pas le redire. Ce poème, plus qu’un poème, une élégie, furieuse, bouleversante.
En le relisant, je reconnais la phrase qui m’avait tant parlée. Non : heurtée : “Qui voudrait une autre que soi”. Cette phrase me paraissait terriblement vraie, et un jour, sans trop savoir pourquoi, tout a basculé. C’est qu’aujourd’hui, l’autre, c’est “celle qui fut”. Celle que je suis devenue est désormais celle que je suis et que je serais, celle que j’autorise. Et c’est l’ancienne qui me semble étrangère quand elle fait quelque apparition. Étrangère, mais pas étrange : je me souviens et comprend malgré tout “celle qui fut”, et ce texte me bouleverse. La plume de Maria…
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Luca… que dire, c’est encore un texte écrit dans l’urgence, comme je l’ai dit “écrire pour ne pas oublier”, ça m’est apparut comme l’ultime solution. Relire et réouvrir les blessures, qu’elles saignent encore et encore pour savoir que je vis toujours… non pas du masochisme, juste une question de revivre le pire pour le conjurer en quelque sorte.
Par contre dans l’équilibre fragile entre celle qui fut et celle que j’ai essayé de devenir, il y eut une énorme fracture dans ce nouveau virage qui m’a encore fauchée et qui a anéantit tout le travail précédent… tout est à refaire et je ne sais pas si j’en ai la force. Je ne sais pas même si j’ai envie d’en avoir la force.
La plume de Maria s’éteint, Luca…
6 septembre 2009 à 13:44
coucou maria
on va te donner la force
et pis demain fais la fête .. prends un gros gâteau avec une seule bougie ..
joyeux zanniv un tout petit peu en avance (vi d’une journée .. mais faut profiter)
gros gros bisous
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Je ne te demanderai pas comment tu m’as retrouvée, un Elfe ça sait tout, hein !
Même ma date de naissance… faut être fort, même pour un Elfe !!!
Quoiqu’il en soit, merci l’Elfe… pour tout.
Bisous
M.
29 septembre 2009 à 10:33
La plume de Maria s’éteint, Luca…
Tu connais mon terrible défaut. Quand je ne sais pas quoi dire, en tout cas quoi dire “juste”, je vais chercher les mots ailleurs. Tu pourras m’engueuler si tu veux.
“Pas de résurrection sans mort assumée. Pas de régénérescence sans anéantissement.” (Pierre Willequet, “Mères et filles, histoire d’une emprise”)
Tu écriras à nouveau Maria. Ou tu vivras. Ou… Tu trouveras ! Pour ça, je te fais confiance !!! Bisous.
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Dis Luca, t’en as pas marre de voir ce texte ? (ya pas le smiley rouge, mais tu peux l’imaginer !)
c’est pas grave si j’écris plus… je ferai du tricot
… ah bin non, mince alors, je tremble trop !
oui je trouverai… a-t’on un autre choix ? Même ne pas faire de choix reste un choix
Merci d’être passée
Bisou
M.
10 octobre 2009 à 15:57
Du tricot… quelle idée intéressante… ou des napperons ? du macramé ?
Tiens, et si je te souhaitais “bon anniversaire” ? n’est-ce pas tous les jours un anniversaire dans le fond ?
Je te rejoins… oui, j’étais “parti” pour cette expression à propos d’une de tes phrases et puis, en cours de route si je puis dire, je me dis qu’elle peut stopper là, cette phrase… je te rejoins… sans autre propos… personne ne vit ce que vit une autre personne… mais cela ne devrait pas nous empêcher de nous rejoindre… en un sens… bien sûr, très imparfaitement, métaphoriquement.. mais…
Difficile, j’ai trouvé de commenter ta plume… parce que le silence me semble un bon commentaire aussi mais que par internet… pff, c’est assez peu visible hein ?
Alors je viens laisser quelques caractères noirs dans ce carré blanc…
Mes respects, dame Maria
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“Dame Maria”… fichtre, tu n’y vas pas de main morte ! Si je rougissais… bin, je serais rouge, quoi !
Tu sais, quelque part ton silence rencontre le mien, Henri… une passerelle où nous nous retrouvons tous tour à tour, peut-être est-ce là que je vais quand je pars. Le silence me semble un choix raisonnable.
Je lis et relis mes textes inlassablement, pas par nombrilisme, je pense que tu t’en doutes, mais mes mots m’échappent. Tout s’engouffre dans l’amnésie… mais tout s’ajoute aussi à ma vie et je ne veux pas en perdre un morceau. Alors écrire pour ne pas oublier, ne pas oublier pour que s’ouvrent d’autres chemins en espérant toujours qu’ils ne seront pas pires, peut-être pas mieux non plus… mais différents certainement.
Merci, Henri pour ton silence
M.